mercredi 31 mars 2010

Le diable au corps

 J'ai eu très chaud hier. Je ne sais pas si c'est à cause du réchauffement climatique ou d'avoir passé la journée dans les vignes avec mon diable.  Pour illustrer mon article, j'ai cherché sur internet une photo de la fameuse scène du film "le diable au corps", qui avait fait couler beaucoup d'encre lors de sa sortie en salles. Vous vous ne souvenez plus ? Cette scène où l'héroïne porte son visage à hauteur du sexe de son jeune amant, lui dégrafe sa braguette, et défraie la chronique. Avec le recul, on peut dire qu'il n'y avait pas de quoi en faire une telle histoire. C'était à l'avant-garde, voilà tout; il n'y a qu'à regarder sur le web le nombre de fois où, depuis, cette scène a inspiré les réalisateurs, pour comprendre qu'il existe un vrai public pour les films d'art et essais.

Mais on n'est pas là pour parler culture, mais viticulture.

 Un diable, c'est ça:




Ça s'appelle un diable, parce qu'une pioche, c'était déjà pris.

Et ça peut servir à ça, par exemple.

Avant :



Après :




 Cet été, un gros orage a raviné les vignes,et chassé le sable entre les ceps. Hier, à l'aide de mon diable, j'ai tiré ce sable pour le ramener dans le rang. Il m'a fallu aussi remonter quelques brouettes de sable qui avait été emporté en bas de la parcelle. Dans les anciens contrats de métayage du Beaujolais, une clause imposait cette tâche au vigneron, la clause de "Fond en Cime". C'est aux femmes,en général, qu'incombait cette tâche ingrate.

 Ce fût une journée plutôt physique, je dois dire. Le métier de viticulteur, surtout lorsqu'on est en bio, demande une bonne condition physique. C'est d'ailleurs incroyable comme mon corps s'est transformé en un peu plus d'un an, comme il est devenu ferme et musclé. J'arrête, ça m'excite.


 Vous voulez voir une photo  ?



Pas mal hein !


Et voici une photo de l'époque où j'étais informaticien (à gauche) :



Comme disait Lamartine, "placez à côté l'un de l'autre, un habitant des villes et un habitant des campagnes du même âge, et comparez l'homme à l'homme."

 Bon allez, je vous laisse. Angelina m'appelle à table.

dimanche 28 mars 2010

L'odeur de fiente des vins naturels est elle naturelle ?

  La taille est terminée. Je le dis comme ça, l'air de rien, mais ça fait quatre mois que ça dure et  je suis bien content de passer à autre chose. La semaine prochaine sera consacrée à une série de petits boulots avant les labours. Car si le printemps est la saison des amours pour les animaux, il est aussi la saison des labours pour les vignerons, ce qui nous fait, à nous autres, double de boulot. Mais avant, il faudra que je fasse sauter à la pioche quelques grosses touffes d'herbes qui étouffent les pieds de mes ceps, que je remplace quelques piquets cassés, que j'épande l'engrais de farine de plumes de volailles et que je commence à émettre des phéromones.

  Le producteur d'engrais n'assurant pas de livraison sur Fleurie, il nous a fallu le récupérer sur place. Le site de production est situé à une vingtaine de kilomètres de chez moi. Ici, on produit de la dinde de batterie et en plein air (mais surtout de batterie) à échelle industrielle. Pour pas gââcher, le principal producteur du coin a décidé il y a une dizaine d'années de créer une entreprise de transformation en engrais des déjections et des plumes de volatiles (Christine, si tu nous lis).

 Lorsque nous sommes arrivés sur place, je me suis demandé comment on pouvait travailler à longueur d'année dans un lieu pareil. Odeur pestilentielle, insalubrité extrême. Un énorme tuyau suspendu au plafond achemine en continu les litières des élevages de dinde situés à proximité, qui s'abiment à intervalle régulier,  dans un gros splatch, dans une fosse de récupération. Au début on cherche d'où peut provenir ce bruit et quand on finit par en trouver l'origine, on se sent un peu nauséeux. Le splatch libérateur des toilettes sèches mais à la puissance 100 en quelque sorte, pour que vous puissiez bien voir le truc.  Un des gars qui bosse sur place m'a dit que le lundi matin en été à l'ouverture de l'entrepôt, il y a plus de mouches au m2 que de bikinis sur les plages de la cote d'Azur.




 Moi qui ai toujours eu horreur de me retrouver au milieu de ces foules amassées sur le sable, je crois que je pourrais pas bosser là bas. Et c'est pas bon pour la libido de tout façon.

  Alors que le responsable logistique nous préparait le bon de livraison, je sais plus comment c'est venu sur le tapis mais on s'est mis à parler de farine animale et de maladie de la vache folle qui frappait aussi les dindes. Le gars nous a dit que depuis qu'il était interdit de donner aux dindes à bouffer les restes d'autres animaux, elles étaient peut-être moins folles mais elles étaient devenues moins résistantes aux maladies et qu'on était obligé de les bourrer d'antibiotiques pour limiter la mortalité. Ils devraient leur donner des antidépresseurs aussi pour mieux supporter la promiscuité avec leurs congénères ou les déplumer et les mettre en bikinis.

 En parlant d'antibiotique, j'ai lu sur vitisphère un article assez édifiant. Beaucoup de vins argentins seraient contaminés par un antibiotique, la natamycine (1 vin sur 2 sur 500 échantillons testés). Le laboratoire Excell qui a été chargé de cette étude a identifié comme source de contamination des vins l'utilisation de produits oenologiques « Nous avons trouvé des doses importantes de natamycine dans des produits à base de dérivés d’écorces de levure et dans des tannins œnologiques », affirme Pascal Chatonnet, le patron du labo. « Cela ne concerne que des produits fabriqués localement en Amérique du Sud, et dont la plupart proviennent de dérivés de bio-éthanol en provenance du Brésil. Nous n’avons pas trouvé de natamycine dans les produits œnologiques européens que nous avons contrôlés » s'empresse t-il d'ajouter. Je veux bien le croire ce Monsieur. Le problème c'est que pour le vigneron moyen, il est bien impossible de savoir ce qui peut réellement se trouver dans les produits oenologiques que tout bon marchand va chercher à nous refourguer. Et croyez moi, on cherche à nous en refourguer.

 L'année dernière, j'ai assisté à une réunion avant vendanges organisée par un vendeur de produits du cru.  Je connaissais pas encore ce genre de grand messe. Je suis donc allé voir. Et bien, j'ai trouvé ça très instructif. J'ai eu droit à un joli discours d'un œnologue travaillant pour un grand labo sur les incroyables vertus des produits de sa firme; tu veux du gras ? Mets un peu de ça. De la couleur ? mets un peu de ci. Plus de gras, ajoute ça, du bois, mets du bois en poudre. Et attention, il faut super super bien nettoyer tout avant de vinifier. Sinon, catastrophe ! T'as plein de levures sur le matériel vinaire alors déconne pas avec ça ! Donc tu nettoies tout avec du chlore ou du peroxyde (on fait les deux produits donc on te laisse choisir celui que tu préfères selon ta "sensibilité"). Mais avant tu dérougis et après tu réacidifies au tartrique pour remettre le tartre (le bon) que t'as enlevé (le mauvais). T'inquiète pas, on a tous les produits qu'il faut pour ça  (ouf !). Et puis prends ça aussi, tu verras, c'est super. Mais si, c'est autorisé. Alors pour la brett, il faut que la malo se fasse au plus vite, donc si je peux te donner un conseil, t'hésites pas, tu charges en bactéries lactiques juste après la FA...

 Deux heures comme ça. Vraiment très instructif.

 J'ai aussi eu un beau tee-shirt que je garde pour les concours de tee-shirts mouillés auxquels je participerai quand j'aurai pris ma retraite sur la cote d'azur.

 Et nous voilà où je voulais en venir (je le fais bien le gars qui maitrise ?). Que faut il faire ? Vinifier sans ces artifices au risque de produire des vins moins gras, moins colorés, moins alcoolisés, moins bons , déviants ? Mais où on ajoute pas de produits chimiques aux produits chimiques qu'on consomme tous les jours sans le savoir, et dont des labos ont retrouvé des traces dans nos aliments, en mangeant des dindes par exemple, ou du miel ( streptomycine, tétracyclines), du poisson (vert de malachite, chloramphénicol ), des crevettes (nitrofuranes ), des oeufs (lasalociddans) etc.

 Combien de temps le consommateur doit il être la dinde de la farce ? Quand on est un néo vigneron comme moi, c'est le genre de question qui vous turlupine pas mal. Alors moi, je vous le dis;  les vins merdiques, ça doit pas être automatique.

samedi 27 mars 2010

Erratum

Un vigneron bio m'a fait suivre récemment un mail  que lui avait transmis un autre vigneron bio qui lui-même l'avait reçu d'un vigneron bio qu'un de ces amis vigneron bio lui avait transmis et qui l'avait personnellement reçu de Christine Ontivero. En gros ce mail a du se retrouver dans toutes les boites mails de tous les viticulteurs bios de France et de Navarre. Il aurait pu finir dans la corbeille des premiers destinataires mais ils ont préféré le recycler. C'est un peu le travers des bios de tout vouloir recycler, mais bon.

 Et qu'est-ce qu'il disait de si important que ça le mail de Christine Ontivero pour être diffusé aussi largement ? Je vous en fais le résumé.

 Guillaume Durand, le journaliste, pas votre voisin, aurait prétendu que les vins bios sont dégueulasses, dans une émission diffusée sur France 2, à une heure où le vigneron bio moyen dort déjà depuis longtemps dans les bras de Morphée ou de sa femme ou de son chien car si les vignerons ont parfois une femme, ils ont toujours  un chien. Et ça vaut mieux pour Durand qu'on dormait, parce que sinon, ni une, ni deux , notre sang n'aurait fait qu'un tour et d'un coup de bagnole on serait aller lui péter la gueule, parce que c'est faux que les vins bios sont dégueulasses ! C'est vrai quoi ! Non mais, merde à la fin, quoi ! Et bien, Monsieur Durand (si quelqu'un connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui le connait, ça serait gentil de lui transmettre mon message) je vous le dis, "je n'aime pas votre coupe de cheveux. Je la trouve dégueulasse !"





 Et toc.

  Enfin, heureusement, pendant que les vignerons roupillaient dans les bras du marchand de sable, Christine Ontivero veillait au grain.

 Christine n'est pas une vigneronne bio. Elle est attachée de presse. L'attachée de presse veille tard dans la nuit devant son téléviseur et c'est une chance pour la viticulture bio.

 Elle a donc tout entendu. Elle en a été choqué. Elle a décidé d'écrire à Durand pour lui dire son indignation.

 Et c'est cette réponse qui a circulé de boite en boite mails pour terminer dans la mienne.

 Pour vous la faire brève, elle lui dit en gros au Durand que les meilleurs vins français (Romanée Conti, Rayas, Chapoutier, Château des Bachelards) sont en fait des vins bios. " Tu le savais pas ? Trop dommage pour toi ! T'as la honte hein ! En fait tu dois confondre avec les vins naturels, les vins faits sans soufre, ceux qui", je cite Christine Ontivero, " la plupart du temps, ne sont pas buvables et sentent la fiente de volatiles."

Bravo Christine ! Durand doit être pétri de remords. Sans doute, qu'il rectifiera son erreur lors d'une prochaine émission. "Toutes mes excuses aux téléspectateurs. Ce ne sont pas les vins bios qui sont dégueulasses, mais les vins naturels, qui sentent la fiente de volailles."

Par contre, tout cela n'est pas très sympa pour les volatiles. Je n'ai pas fait lire son mail à mes poules, elles auraient eu trop de peine. Savez vous, Christine, que les omelettes sont faites avec des œufs ? Que les oeufs de poule entrent dans la composition d'un nombre incalculable de recettes ? Qu'avec la fiente justement ou la farine de plumes des volatiles, on produit de l'engrais agréé en viticulture bio ? Alors le coup du c'est pas moi, c'est l'autre, c'est quand même pas terrible pour l'ardent défenseur que vous prétendez être de la cause vigneronne. Comme vous le dites dans votre lettre à Guillaume Durand, "il faut se garder d’opposer une pratique à une autre." Mais cette recommandation ne semble pas pouvoir s'appliquer aux vins naturels, dont les producteurs en général ne font pas appel à des attachés de presse pour organiser leur communication. Alors merci dorénavant de bien vouloir laisser mes poules en dehors de tout ça, qui, quand elles ont quelque chose à pondre, le font tapies dans l'ombre, quand d'autres recherchent la lumière des projecteurs. (Sauf pour les poules de batteries, mais celles là, on n'en parle pas, elles sont pas bios)



"vigneron nature" en livraison. (Photo Christine Ontevero. Toute reproduction interdite)

jeudi 18 mars 2010

Taille (suite mais pas encore fin !)

La taille n'est pas encore terminée, mais on tient le bon bout ! Samedi prochain, si tout se passe bien, ça devrait être fini. Depuis que j'ai le soutien d'Adrien, le rythme s'est considérablement accéléré. Adrien est prestataire de services en viticulture. Il m'aide depuis un peu plus d'un an et m'a été du plus grand secours pour mon premier millésime.

 Cette année, il m'a rejoint début Février et nous avons taillé ensemble quatre hectares sur les sept que nous vinifions aux Bachelards. Hier, nous avons terminé les Moulin-à-Vent de la parcelle située sur les hauteurs de Chénas. Au sud, à 500 mètres environ, on voyait Michel Guignier labourant au cheval une des ses parcelles. Au nord, à 200 mètres, un autre viticulteur faisait brûler tout un tas de saloperies, et du feu s'échappait une épaisse fumée noire ainsi qu'une abominable odeur de plastique cramé qui nous a empesté les narines toute la journée. Adrien est allé jeter un œil ce matin aux restes calcinés. L'affreux bonhomme avait fait bruler, en plein milieu de ses vignes, des vieux tuyaux en plastique ! Je me demande comment on peut faire ce genre de trucs quant on vit le plus clair de son temps au contact de la nature. Étrange de voir à un bout de la chaine, des gens comme Michel Guignier qui sont obsédés par le respect de la nature (culture en biodynamie, vinification naturelle) et à l'autre bout des gens qui videraient leur huile de vidange au ruisseau sans sourciller. Je sais qu'il faut de tout pour faire un monde mais en l'occurrence j'ai l'impression que certains le font plus que d'autres !

Ce matin, nous avons attaqué la dernière parcelle de Moulin située sur la commune de Romanèche-Thorins.  De la parcelle, on a une vue sur le hameau du Moulin plutôt sympathique, comme vous pouvez en juger.




Si on ne se laisse pas envouter par la beauté du paysage, ça devrait être fini samedi. Il ne me restera plus que mes 50 ares de vignes de Fleurie sur cordon à tailler et ça sera la quille ! ... Enfin pas pour longtemps, parce qu'il va falloir se lancer ensuite dans les labours, puis l'épandage des engrais sur une des parcelles de Beaujolais Village aux ceps particulièrement chétifs. Mais avec parcimonie, puisqu'une fraction de l'azote apporté à la vigne par les engrais est réémis dans l'air sous forme de N2O, un gaz dont l'effet de serre est plus de 300 fois supérieur à celui du CO2 !

mardi 16 mars 2010

Le Château des Bachelards : un terroir d'exception pour un vin d'exception

 Bonne nouvelle pour les lecteurs de mon blog; fini les jeux de mots débiles, les propos sans queue ni tête et les tentatives vaines d'humour décalé. Voici venu le temps d'une communication claire et régulière sur ce nouveau métier de vigneron que j'exerce avec passion. C'est vrai, je le reconnais, mes billets sont parfois douteux et sans le moindre intérêt pour l'amateur de vins. Mais cette époque est révolue, puisque, ça y est, je vais avoir un nègre pour écrire à ma place ! Et pas n'importe quel nègre ; une spécialiste de la communication des vins et spiritueux. Oui Monsieur, parfaitement. Voici le mail qu'elle m'a envoyé aujourd'hui :
"bonjour,
Je lisais votre dernier article sur votre blog, quand je me suis aperçue que les articles publiés n'avaient pas une grande régularité. C'est, je pense par manque de temps, or la force d'un blog est la fréquence journalière voir hebdomadaire, qui rend un blog intéressant et qui fait que les internautes ont envie d'aller plus loin et d'acheter vos vins.  Cela fait quelque temps que je m'intéresse au sujet et que j'ai pu faire l'expérience en créant mon blog, les résultats sont encourageants. Je suis consultante en communication free lance dans le secteur des vins et spiritueux. Je me disais donc que je pourrais vous proposer la rédaction d'articles, à raison d'un par semaine pour commencer pour 1OO€HT/semaine (ce qui correspond à 2H00 de rédaction) ou encore 400€HT/mois. Si cette offre vous intéresse, n'hésitez pas à me rappeler, nous pourrions en discuter."

 Formidable, n'est-ce pas ! Vous pourrez ainsi apprendre sur ce blog, un jour, que chez les Bauchet, nous sommes vignerons de père en fils depuis moi, le lendemain, que notre démarche d'élaboration de nos vins est un savant mélange d'innovation et de respect des traditions, le surlendemain, que nos vins sont formidables et qu'ils accompagneront à merveille tous vous repas.

Ceci n'est pas une farce, je vous l'assure. J'ai bien reçu ce mail aujourd'hui. Peut-être l'intéressée laissera-t-elle un commentaire pour justifier sa démarche ? Je ne préfère pas la nommer, je ne cherche pas spécialement à lui nuire, chacun fait ce qu'il peut pour gagner sa croute !


 Mais tout de même. Je trouve qu'il y a autour du vin (sans doute comme ailleurs, mais dans le secteur du vin, on atteint des sommets) une communication parfois en décalage total avec la réalité qui font prendre aux consommateurs des vessies pour des lanternes. Par exemple, cette cave coop à côté des chez moi qui a créé la marque "vigneron des terres secrètes" pour distribuer des vins vinifiés dans des cuves de 1000 hectolitres et de 15 mètres de haut, où on mélange joyeusement des raisins vendangés à la machine sur des tas de parcelles différentes, ce qui me fait doucement rigoler. Ou cette autre cave qui pour faire sa pub a fait imprimer un joli dépliant plein de photos en noir et blanc, avec des paysages d'une nature sauvage,  de vieux murs et de vieilles maisons de pierre, de visages de vendangeurs burinés par le soleil, chapeau de paille sur la tête, portant le raisin dans des paniers d'osier  ! Mais de qui se moque-t-on. Je ne dis pas que les caves coop ne sont pas capables de produire de bonnes choses, mais je pense qu'il faudrait peut-être arrêter de prendre les gens pour des cons. Sans compter ces marques créées par le négoce ou la grande distrib, qui peuvent nous faire penser que certains vins sont issus de la production d'un unique vigneron quant ils sont le fruit d'un assemblage de vins d'origines diverses. La marque "Pierre Chanau" de chez Auchan, ou "Marquis de Plagne" plus classe chez Lidl, par exemple.



  Je ne suis pas sûr de pouvoir vendre un jour mes vins chez Auchan avec ce genre de propos sur mon blog ! Je devrais  peut-être prendre un nègre qui veillerait à une communication plus policée ?

mercredi 10 mars 2010

Mise en bouteille 2009

 Hier, notre embouteilleur est passé au domaine afin de planifier la mise en bouteilles du millésime 2009. C'est un moment important pour moi que la mise en bouteilles de ce que je considère être mon premier millésime. Certes, nous avons racheté le domaine en 2007 et avons déjà produit en notre nom deux récoltes. Mais ce millésime 2009 est différent. Libéré de mon ancienne activité, j'ai pu participer à tous les travaux qui ont contribué à sa genèse; à la vigne, avec la taille, les traitements, les émondages, les cisaillages, les relevages, les labours, les vendanges; au cuvage, où j'ai réalisé (sous le contrôle de mon œnologue) toutes les opérations de vinification, où nous avons vinifié en levures indigènes certaines cuvées (une volonté pour moi de laisser le terroir s'exprimer même si pour certains collègues vignerons bios du Beaujolais au professionnalisme indiscutable, le levurage exogène n'est pas incompatible avec l'expression du terroir) ; à la cave enfin, où j'ai suivi et contrôlé chaque fût, chaque foudre, chaque cuve de stockage afin de m'assurer de la bonne évolution de mes vins.


 C'est aussi la première année depuis longtemps que les vignes des Bachelards n'ont pas vu une goutte d'herbicide ni de pesticide. Que de sueur cela m'a coûté, à arracher par exemple à la main des milliers d'érigérons que mes charrues n'arrivaient pas à détruire, que d'inquiétudes j'ai pu connaître quant à l'efficacité de mes traitements, quant aux dégâts engendrés par le travail des sols, les ceps arrachés, les racines sectionnées, mais que de satisfactions et de fierté tout au bout du chemin.


 Je suis conscient des conditions exceptionnelles dont j'ai bénéficié. J'ai eu l'occasion de discuter il y a peu avec Georges Duboeuf qui affirmait n'avoir jamais connu, de toute sa longue carrière dans le vignoble du Beaujolais, un millésime d'une telle qualité.  Nous avons bénéficié effectivement de conditions climatiques exceptionnelles. Le soleil a brillé tout l'été et la pluie , providentielle, est tombée quelques jours avant les vendanges, libérant les vignes du stress hydrique qu'elles commençaient à subir. La chance du débutant en quelque sorte ! Partagée avec des milliers de viticulteurs du Beaujolais et c'est tant mieux pour cette région sinistrée. Espérons que les dieux du vin nous accompagneront encore pour ce nouveau millésime.

 Aux Bachelards, nous vinifions du Fleurie, du Moulin à vent et aussi un peu de Beaujolais-Village.

  Le Fleurie correspond à la plus grande partie de notre production, cinq hectares environ, auxquels s'ajoutent un peu plus d'un hectare de Moulin et un hectare de Village. Si l'appellation  Moulin à Vent est connue et appréciée dans l'hexagone, le Fleurie l'est beaucoup moins. Pourtant, j'ai trouvé sur le site de la BNF un manuel de sommellerie de 1920 où les Fleurie étaient classaient par son auteur dans la catégorie "vins fins" et considérés comme les meilleurs vins rouge du Rhône avec les Côte-Rotie ! Gageons que les viticulteurs du cru sauront à l'avenir en redorer le blason. Petite consolation néanmoins, si sa notoriété est faible en France, c'est par contre un vin très prisé des suisses dont le négoce achetait à prix d'or les caves des viticulteurs il y a peu encore.  Mais les vins du nouveau monde, les crises économiques, la lassitude, qui sait, sont passés par là et les suisses ne sont plus les consommateurs qu'ils étaient. Les britanniques également grands amateurs de Fleurie freinent leurs exportations, crise économique oblige.  Cela se traduit par une conjoncture tendue, mais malheureusement quel vignoble, quelle appellation aujourd'hui ne souffre pas de la crise ?

 Notre Fleurie 2009 est élevé en foudres mais aussi en fûts neufs. J'ai été impressionné par la force et la "consistance" du millésime qui supporte allégrement les tanins marqués des fûts neufs. En 2008, le millésime étant plus "dilué", nous n'avons pas utilisé de fûts neufs, le vin aurait été "écrasé" par le bois. En 2007, même si le millésime avait été pluvieux, les vins présentaient suffisamment de corps pour un passage en fûts neufs. J'avais gouté à de multiples reprises le vin  directement aux fûts  et l' avais trouvé néanmoins un peu juste pour ce type d'élevage. L'assemblage et surtout le temps me donnent tort, notre 2007 étant plutôt plaisant aujourd'hui. C'est en forgeant que l'on devient forgeron et il faut aussi savoir faire confiance de temps en temps à son œnologue !

 Mais pour le 2009, c'est incroyable de voir l'aptitude du vin à  " se superposer", à "concurrencer" en quelque sorte le bois des fûts neufs. Tellement ce vin est ample, corpulent, nous pourrions, à partir de nos seuls fûts neufs, réaliser une cuvée spéciale que nous appellerions  la "cuvée fûts de chêne (neufs!)". Une cuvée surbodybuildée certes, mais une cuvée où il serait donné de voir que le bois ne sera jamais le maître des vins issus de grands millésimes, même lorsqu'il s'agit d'un vin du Beaujolais !

 Notre Beaujolais-Village quant à lui, provient de deux parcelles différentes mais très proches l'une de l'autre, situées sur la commune de Lancié, à la limite Est de l'appellation Fleurie. Nous avons acheté ces vignes l' année dernière, à peine plus chère que le prix de l'arrachage, tant le vignoble est sinistré. Il y a dans le Beaujolais pour les jeunes vignerons hyper hyper hyper motivés de vrais opportunités à faire. Mais il leur faudra être hyper hyper hyper motivés ! Là aussi, ce sont de très vieilles vignes pour un rendement lui aussi confidentiel. Mais donnant au final, un vin très agréable, vinifié en levures indigènes. Ce que les terroirs de Beaujolais Village peuvent produire de meilleur, ce n'est pas moi qui le dit, mais quelques dégustateurs avertis qui ont pu gouter notre vin. Mais rappelons le, le millésime 2009 est exceptionnel  et nous verrons si l'année prochaine nous serons capables d'une production aussi intéressante...



 Notre Moulin à Vent est lui aussi  issu de deux parcelles différentes; l'une, sur la commune de Chenas,  l'autre, sur la commune de Rhomanèche Thorins. Encore de vieilles vignes, aptes à produire des vins très concentrés et de la longue garde, mais au rendement là aussi très faible : 22 hectos pour 1,2 hectare cette année. Il faut dire que nous avons commencé à travailler le sol de ces parcelles depuis deux ans, ce qui se traduit immanquablement par une chute des rendements, surtout avec les vieilles vignes qui n'aiment pas qu'on chahute leur système racinaire. Ce rendement très faible est bien souvent synonyme aujourd'hui pour l'amateur d'une volonté du viticulteur à produire des raisins, très concentrés, capables de produire les meilleurs vins. Mais, en ce qui nous concerne, je dois bien l'avouer, cela ne relève pas du tout d'une décision voulue ! Pas très marketing, tout ça, mais bon, j'ai horreur du marketing alors ça tombe bien.

 La parcelle de Chénas a été griffée au cheval, par Alain, un viticulteur de Fleurie passionné par les chevaux et qui réalise avec un succès grandissant des prestations de labour au cheval dans la région. Un essai que je pense reconduire cette année à plus large échelle. Mais cela dépendra des finances.... car en viticulture comme ailleurs le principe de plaisir s'oppose malheureusement au principe de réalité !

samedi 6 mars 2010

Huitre triploïde et un enterrement

La femme est l'avenir de l'homme, nous dit le poète. D'accord, mais à condition d'en changer souvent.

Eddie Barclay le savait, lui qui signait les contrats de mariage comme les contrats de production artistique. Huit fois marié,  sans compter les demoiselles d'honneur, chapeau l'artiste ! Et encore, il n'a pas connu Meetic, sinon la moitié de la population féminine mondiale s'appellerait Barclay.

 "Ainsi que notre corps est enveloppé dans ses vêtements, ainsi notre esprit est revêtu de mensonges. Nos paroles, nos actions, tout notre être est menteur, et ce n'est qu'à travers cette enveloppe que l'on peut deviner parfois notre pensée vraie, comme à travers les vêtements les formes du corps."  Eddie Barclay aimait à répéter ces mots de Schopenhauer nous dit dans sa biographie Michelle II, sa quatrième femme, surtout le truc avec les vêtements où tu vois à travers parce que le reste c'est un peu prise de tête.

 Mais il est mort à présent, et immense est sa perte pour les jeunes femmes qui aiment les vieux, et le jour sera pour nous comme la nuit alors que pour Eddie Barclay c'était plutôt la nuit qui était comme le jour.





D'Eddie Barclay aux huitres triploïdes il n'y a qu'un pas que nous pouvons franchir. Connaissez vous les huitres triploïdes ? je vous livre ici un article fort intéressant du canard enchainé sur le sujet :

À la pointe de la technologie, ces huîtres stériles connaissent une croissance accélérée avant d’atterrir anonymement dans nos assiettes. Quand elles ne décèdent pas prématurément…

C’est un super reproducteur qui voyage par Chronopost : une huître mâle, véritable étalon des mers loué plus de mille euros pièce par les ostréiculteurs. À peine arrivé dans cette couveuse artificielle pour bivalves qu’est l’écloserie, il va s’activer pour féconder une vingtaine de femelles. Une fois le travail accompli, trente minutes plus tard, le jeune mâle de deux ans est renvoyé mort ou vif à l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer(Ifremer), avec greffée sur la coquille, la puce électronique qui l’identifie.
Il y a douze ans, l’Ifremer a eu l’idée de mettre dans nos assiettes des huîtres triploïdes (à trois jeux de chromosomes). Pourquoi ? Parce qu’on peut en vendre toute l’année, même l’été, puisque avec son nombre impair de chromosomes elle est stérile, et n’a donc pas la mauvaise idée de fabriquer de juin à août ces gamètes qui la rendent laiteuse. Avec la triploïde, exit la règle des mois en r ! Et surtout : à la différence de l’huître normale, elle pousse beaucoup plus vite. Deux ans seulement pour arriver à maturité contre trois pour ses pauvres concurrentes attachées aux traditions…

Du coup, ces huîtres athlétiques se sont répandues à tout berzingue sur les étals : sur les 130 000 tonnes produites chaque année en France (champion européen), 30 % sont des triploïdes ! Et, comme la loi n’impose pas l’obligation de mentionner sur l’étiquette leur composition chromosomique, la plupart du temps le consommateur n’en sait rien, le marchand se contentant souvent d’un pudique « quatre saisons » ou d’un « non laiteuse ».


Claquer de la coquille



Mais comment fabrique-t-on une triploïde ? D’abord il faut un mâle tétraploïde, notre fameux super reproducteur estampillé Ifremer. Grâce à une petite manip chimique, les chercheurs l’ont doté de quatre paires de chromosomes, là où les huîtres pas trafiquées en ont moitié moins. Quand il arrive dans l’écloserie, on le trempe dans un gros bocal en verre rempli d’eau de mer… Pour l’inciter à libérer sa semence (jusqu’à 15 millions de spermatozoïdes), on lui fait subir un choc thermique, en faisant grimper la température de l’eau à 27° C. À côté, dans d’autres bocaux, une vingtaine de femelles diploïdes (deux jeux de chromosomes) tout ce qu’il y a de plus standards, mais soigneusement sélectionnées pour leur fertilité, attendent pénardement de recevoir la précieuse semence : on la leur amène à la pipette. Dès que les spermatozoïdes sont dans l’eau, l’huître femelle se met frénétiquement à claquer de la coquille pour expulser ses ovules dans un nuage qui ressemble à du lait en poudre (ce claquement est d’ailleurs la seule façon de repérer une femelle).

Au bout d’une demi-heure, les spermatozoïdes du super mâle tétraploïde auront fécondé jusqu’à 1,5 million d’œufs pondus par chacune des femelles diploïdes. Cela donnera des larves triploïdes en forme de « D », dont 10 % finiront deux ans plus tard en huitres sur les plateaux de fruits de mer (les autres, jugées trop lentes à pousser, sont impitoyablement éliminées). Bref, dans ce merveilleux système, un mâle tétraploïde peut générer à lui tout seul plus de 200 tonnes d’huîtres !
Pour faire tourner les usines que sont les écloseries (en France, il en existe huit, dont les deux plus grosses assurent la moitié de la production), il faut, comme dans les poulaillers industriels, ne pas lésiner sur la pitance. Une huître adulte, qui vous filtre ses 5 litres d’eau par heure, s’enfile dans le même temps jusqu’à dix millions de phytoplanctons. Le « fourrage », comme on l’appelle dans les écloseries, pousse sous lumière artificielle dans des bacs d’eau de mer additionnée de sels nutritifs. Pendant les trois premières semaines, c’est du phytoplancton premier âge (en l’occurrence Isochrysis et Chaetoceros) que l’on sert à la larve d’huître, qui ne dépasse pas les 50 microns et qui s’ébat dans son bac avec un million d’autres congénères.
Ensuite, quand elle est devenue une huître miniature de 300 microns et qu’elle a changé de bassin, elle passe au Skeletonema costatum, du phytoplancton plus consistant parce qu’il contient de la silice. Après un passage de deux mois en nurserie, où on l’habitue à l’eau de mer non filtrée, notre triploïde, qui mesure maintenant un centimètre pour 0,2 gramme, part chez un ostréiculteur qui va la cultiver un an et demi en pleine mer.


Non aux moules belges



Et voilà comment la recherche apporte aux ostréiculteurs compétitivité et gros bénéf sur un plateau. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes conchylicoles modernisés si, depuis 2008, les jeunes huîtres, les naturelles et les autres, mais surtout issues d’écloseries, ne s’étaient pas mises à tourner mystérieusement de l’œil. Et ce dans des proportions effarantes : dans certains parcs à huîtres, on a vu jusqu’à 80 % de mortalité ! Pas sûr, d’ailleurs, qu’il en reste pour Noël 2010. De là à suspecter les modernes huîtres triploïdes d’être plus vulnérables à certains virus…
À l’Ifremer, on se récrie ; rien ne prouve que nos triploïdes sont pour quelque chose dans cette hécatombe ! Si les Irlandais en ont d’ailleurs profité pour déclarer non grata les huîtres sortant des écloseries françaises, c’est sans doute par pure tactique commerciale… En fait, aucune explication crédible n’a été donnée jusqu’ici. À l’Ifremer, on croise les doigts pour que le cauchemar cesse l’an prochain.
Pour préparer l’avenir, l’Ifremer, qui va perdre en 2014 le brevet sur son huître aux œufs d’or, teste actuellement dans son laboratoire sécurisé de La Tremblade, en Charente-Maritime (celui-là même d’où sont expédiées par Chronopost les huîtres tétraploïdes), devinez quoi… des moules triploïdes. Objectif : barrer la route aux moules belges et hollandaises. Car de mars à mai, nos moules hexagonales sont immangeables parce qu’elles se reproduisent, ce qui laisse le champ libre aux concurrentes étrangères, qui pondent à un autre moment. Vivement 2014 !

Et vivement que DSK devienne président, parce que pour le moment, je voudrais pas dire, mais il n'y a pas d'amour heureux.