lundi 19 avril 2010
Meilleures pensées
Elles sont pas belles mes vignes ? Tu respectes ton sol, et en retour il t'adresse ses meilleures pensées sauvages. Comme quoi, un sol, c'est pas rancunier. Tu lui balances des herbicides pendant des années, il encaisse sans broncher. Et le jour où tu arrêtes, il t'offre des fleurs. L'année dernière, des milliers, disséminées sur quelques rangs. Cette année, presque tous les rangs sont tapissés de pensées.
En automne, un vigneron qui avait travaillé sur l'exploitation dans les années 70 est passé me voir. On avait fait le tour des vignes ensemble, et quand on est arrivé dans le clos, il m'a dit :" ici, les vins sentaient toujours la violette." Avant de partir, on est passé par la cave pour goûter les vins de l'année. Le clos avait été vinifié en levures indigènes. J'avais bien perçu des notes florales, un "bouquet" plutôt agréable, mais sans toutefois mettre un nom de fleur précis sur les parfums que le vin exhalait. Quand on a gouté le foudre dans lequel il était logé, j'ai éprouvé un vrai moment d'exaltation. Les indications de mon hôte me permettaient alors d'identifier clairement la subtile odeur de violette. Cette première année en bio, ces premiers essais de vinifications naturelles redonnaient au vin la possibilité d'exprimer une caractéristique intrinsèque de son terroir, son parfum de violette, ressurgissant d'un passé où la chimie n'avait pas encore franchi la porte du chai.
D'où vient cette odeur de violette ? Les pensées qui fleurissent dans le clos peuvent elles avoir un rapport avec le bouquet floral que développe le vin ? Les pensées sauvages et les violettes appartiennent pour les botanistes à la même famille, celle des violaceae. Cet après-midi, j'ai senti une pensée. J'espérais qu'elle exhale le même parfum que celui de sa cousine la violette. Mais son parfum était presque inexistant. Peut-être y-a t-il une heure plus propice à cette expérience ? Certaines fleurs sont plus odoriférantes, le matin que le soir, pour d'autres, c'est l'inverse. Je réessayerai demain matin... J'ai mangé une pensée et une violette pour voir si leurs gouts étaient similaires. J'ai trouvé chez les deux une petite note poivrée, mais à part le même goût herbacé, rien de particulier qui puisse les associer.
J'ai lu il y a quelques années le très bon livre de Kermit Lynch, "Mes aventures sur les routes du vin". Il parle à un moment du "transfert mystérieux des qualités aromatiques d'une espèce végétale à une autre, par l'intermédiaire des abeilles ", et cite l'exemple d'un vignoble complanté de groseilliers sauvages dont les vins étaient fortement marqués par l'odeur de groseille jusqu'à ce que les propriétaires décident d'arracher les groseilliers !
Les insectes pollinisateurs, le vent créeraient-ils des passerelles entre les pensées et mes vignes ? Les pensées se seront éteintes quand les vignes seront en fleur.
Le sol, à la dégradation des pensées, se chargerait de leur parfum, pour le transmettre ensuite à la vigne ? Par quel mystère le vin se charge t-il de ces parfums ?
Mon impatience est grande de voir à quoi va ressembler le millésime 2010. L'odeur de violette sera t-elle aussi présente ? Accentuée par la présence décuplée des viola ? Mais nous sommes loin d'en être là. La vigne commence à peine à sortir de son long sommeil hivernal.
vendredi 9 avril 2010
SanaTerra 2010
Ce week-end, l'association Ceps & Charrues qui regroupe une bonne partie des vignerons bios du Beaujolais, organise la septième édition de Sana Terra, la fête de la bio en Beaujolais. Au programme, course de dragsters roulant à l'huile de colza, concours de tee-shirts mouillés en pur coton bio, spectacles de shippendales (les viticulteurs bios du Beaujolais et leurs chevaux)... Pour plus d'infos, voir le détail sur le flyer. Venez nombreux !
jeudi 8 avril 2010
Première mise en bouteille aux Bachelards
Ça y est, Pâques est passé et je viens de faire ma première mise en bouteilles. Ça se fête : Champagne pour tout le monde ! Pardon, Beaujolais pour tout le monde !
Eh oui, 7500 bouteilles, il va falloir les boire. Les vendre surtout ;-)
J'écris ;-) mais en fait, je pense ;-(, (depuis que j'écris un blog, je pense en smileys.), car ça en fait du vin à vendre et ça m'angoisse un peu.
J'ai mis en bouteilles mon Moulin à vent 2008, mes Fleurie et Beaujolais-Villages 2009. Quand je pense qu'à une époque, j'envisageais de vendre mon Beaujolais-Villages sous l'appellation "Vin de Pays des Gaulles". Le Beaujolais est tellement synonyme de piquette pour le consommateur Lambda, je cherchais (lâchement) à contourner cet obstacle. Et bien maintenant je vous le dis, il n'a qu'à aller se faire voir chez les grecs, Lambda, s'il est pas content. C'est pas seulement mon côté Looser qui m'amène à faire ça. J'ai goûté des tas de Beaujolais bios qui tenaient vraiment la route (ça c'est de la note de dégustation), et j'ai aussi rencontré ces derniers temps des vignerons bios qui bien qu'ils souffrent de l'image négative du Beaujolais, n'ont pas pour autant renoncé à appeler un chat un chat (un Beaujolais un Beaujolais en fait). Alors, je me suis dit que moi aussi je devais assumer et être fier de faire du Beaujolais. Et après tout, il y a des connaisseurs qui savent ce qu'un bon Beaujolais peut procurer comme plaisir. Alors qu'un vin de pays de Gaulles ? Je fais donc du Beaujolais-villages et tant pis pour les Lambda, Alpha et autre Omega. Et leurs cousins romains aussi d'ailleurs. Qu'ils continuent à boire du vin de pays des Gaulles coupé avec de l'eau. Moi, je vends du Beaujolais.
La mise en bouteilles s'est faite mardi. Sur les conseils d'un collègue bio, j'avais décidé de mettre en bouteilles un jour "fruit", selon le calendrier lunaire de l'agriculture bio-dynamique. Lorsque l'embouteilleur est venu pour préparer la mise, je lui ai demandé (timidement) ce qu'il en pensait. Je sais pas si lui aussi il pense en smileys, mais ma question l'a fait sourire comme ça ":-)" . Et puis il m'a répondu "je sais pas si je dois vous le dire, mais c'est vrai que c'est mieux les jours fruits. Ou les jours de légère bise." Je me demande encore s'il m'a dit ça pour me faire plaisir, toujours est il qu'on a décidé de faire ça un jour fruit. Et de toute façon, ça mangeait pas de pain.
Le matin, on a assemblé et filtré les vins au kieselguhr. L'après-midi, on a mis en bouteilles. Quand l'équipe d'embouteillage est arrivée, j'étais tellement content de les voir que j'avais envie de les embrasser et de les serrer dans mes bras, comme à la Nouvelle Star, mais je me suis retenu, des fois qu'ils auraient pas la télé.
On a terminé la mise par une micro-cuvée (200 bouteilles) non filtrée. Un essai que j'ai fait de "vin naturel", zéro produits oenos, zéro sulfite, qui goûte pas mal (ça c'est de la note de dégustation). Comme quoi, ça peut arriver (Christine, si tu nous lis). Je pense que je renouvellerais l'expérience l'année prochaine, sur un volume un peu plus important. Je fais mon parcours initiatique, en quelque sorte. Je me demande bien où ça va me mener tout ça... En tout cas, j'ai de la considération pour la démarche des vignerons nature. Je trouve louable de refuser l'emploi de toute cette chimie que nous a apporté l'œnologie moderne, et d'essayer de faire des vins qui sont le reflet de leur terroir. Mais il y a quand même un truc qui me dérange dans les vins naturels. C'est qu' "il y a plus de vins bios qui ne sont pas naturels que de vins naturels qui sont bios", comme dirait un collègue vigneron du Beaujolais qui, en ce qui le concerne, fait des vins naturels issus de raisins bios. C'est vrai que c'est un peu l'auberge espagnole, chez les vignerons nature, et pas seulement chez les vignerons nature espagnols qui tiennent une auberge...
Comment peut-on en effet prétendre faire du vin naturel, quand celui-ci est vinifié à partir de raisins traités aux pesticides ? Ou quand les vignes où ces raisins ont été ramassés sont désherbées chimiquement ? Je veux bien qu'on puisse penser que si c'est pour faire du vinaigre, c'est peut-être pas la peine de gâcher des raisins bios, mais quand même. (Eh les vignerons nature, je plaisante. C'est pas la peine de venir me crever les quatre pneus de mon Berlingo).
En tout cas, je pense qu'il y a parfois abus de langage et qu'il serait temps de remettre un peu d'ordre dans tout ça. Pour que là aussi, le consommateur sache réellement ce qu'il boit.
Allez justement, pour ceux qui auraient envie de goûter mes vins, quelques infos rapides sur leur genèse.
- Moulin à vent 2008 : à la vigne, travail du sol + lutte raisonnée (je le ferai plus, promis juré) ; vinification longue avec macération préfermentaire à froid (3semaines), levurage neutre. Elevage 18 mois en fûts de chêne (neufs et "un vin"). Note de dégustation: ça goute très bien. Très Moulin à vent (ça c'est de la note de dégustation)
- Fleurie 2009 : à la vigne bio; vinification grappes entières (méthode beaujolaise); assemblage entre cuvées levurées en neutre et non levurées (j'ai tenté une cuve en levures indigènes mais j'ai eu les chocottes de le faire sur toutes...). Elevage 10 mois fûts (neufs et un vin) + foudres. Note de dégustation : ça goute très bien. Très Fleurie (ça c'est de la note de dégustation)
- Beaujolais-Villages 2009 : à la vigne bio; vinification semi-carbonique; levures indigènes. Élevage 10 mois en foudre. Note de dégustation: ça goute très bien. Très gouleyant, parce que tous les bons Beaujolais doivent l'être. Moi, j'aime super bien en tout cas et je suis pas peu fier de mon vin.
(Si y'en a des qui veulent en savoir plus, je serais heureux de répondre à leurs questions ;-)
Les vins ont été légèrement sulfités. C'est mieux qu'on m'a dit pour garantir leur conservation, au cas où les conditions de garde ne seraient pas optimales. Car c'est aussi une exigence que doit avoir le vigneron. Celle d'offrir à l'amateur un vin agréable à boire, même plusieurs mois après l'achat. Pour que le meilleur moment ne soit pas celui où on ouvre la bouteille, mais celui où on la boit. Je sais, pour Clémenceau, "le meilleur moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier". Mais sans doute était il un adepte des vins nature. (eh les vignerons nature, je plaisante. C'est pas la peine de venir casser les vitres de mon berlingo)
Eh oui, 7500 bouteilles, il va falloir les boire. Les vendre surtout ;-)
J'écris ;-) mais en fait, je pense ;-(, (depuis que j'écris un blog, je pense en smileys.), car ça en fait du vin à vendre et ça m'angoisse un peu.
J'ai mis en bouteilles mon Moulin à vent 2008, mes Fleurie et Beaujolais-Villages 2009. Quand je pense qu'à une époque, j'envisageais de vendre mon Beaujolais-Villages sous l'appellation "Vin de Pays des Gaulles". Le Beaujolais est tellement synonyme de piquette pour le consommateur Lambda, je cherchais (lâchement) à contourner cet obstacle. Et bien maintenant je vous le dis, il n'a qu'à aller se faire voir chez les grecs, Lambda, s'il est pas content. C'est pas seulement mon côté Looser qui m'amène à faire ça. J'ai goûté des tas de Beaujolais bios qui tenaient vraiment la route (ça c'est de la note de dégustation), et j'ai aussi rencontré ces derniers temps des vignerons bios qui bien qu'ils souffrent de l'image négative du Beaujolais, n'ont pas pour autant renoncé à appeler un chat un chat (un Beaujolais un Beaujolais en fait). Alors, je me suis dit que moi aussi je devais assumer et être fier de faire du Beaujolais. Et après tout, il y a des connaisseurs qui savent ce qu'un bon Beaujolais peut procurer comme plaisir. Alors qu'un vin de pays de Gaulles ? Je fais donc du Beaujolais-villages et tant pis pour les Lambda, Alpha et autre Omega. Et leurs cousins romains aussi d'ailleurs. Qu'ils continuent à boire du vin de pays des Gaulles coupé avec de l'eau. Moi, je vends du Beaujolais.
La mise en bouteilles s'est faite mardi. Sur les conseils d'un collègue bio, j'avais décidé de mettre en bouteilles un jour "fruit", selon le calendrier lunaire de l'agriculture bio-dynamique. Lorsque l'embouteilleur est venu pour préparer la mise, je lui ai demandé (timidement) ce qu'il en pensait. Je sais pas si lui aussi il pense en smileys, mais ma question l'a fait sourire comme ça ":-)" . Et puis il m'a répondu "je sais pas si je dois vous le dire, mais c'est vrai que c'est mieux les jours fruits. Ou les jours de légère bise." Je me demande encore s'il m'a dit ça pour me faire plaisir, toujours est il qu'on a décidé de faire ça un jour fruit. Et de toute façon, ça mangeait pas de pain.
Le matin, on a assemblé et filtré les vins au kieselguhr. L'après-midi, on a mis en bouteilles. Quand l'équipe d'embouteillage est arrivée, j'étais tellement content de les voir que j'avais envie de les embrasser et de les serrer dans mes bras, comme à la Nouvelle Star, mais je me suis retenu, des fois qu'ils auraient pas la télé.
On a terminé la mise par une micro-cuvée (200 bouteilles) non filtrée. Un essai que j'ai fait de "vin naturel", zéro produits oenos, zéro sulfite, qui goûte pas mal (ça c'est de la note de dégustation). Comme quoi, ça peut arriver (Christine, si tu nous lis). Je pense que je renouvellerais l'expérience l'année prochaine, sur un volume un peu plus important. Je fais mon parcours initiatique, en quelque sorte. Je me demande bien où ça va me mener tout ça... En tout cas, j'ai de la considération pour la démarche des vignerons nature. Je trouve louable de refuser l'emploi de toute cette chimie que nous a apporté l'œnologie moderne, et d'essayer de faire des vins qui sont le reflet de leur terroir. Mais il y a quand même un truc qui me dérange dans les vins naturels. C'est qu' "il y a plus de vins bios qui ne sont pas naturels que de vins naturels qui sont bios", comme dirait un collègue vigneron du Beaujolais qui, en ce qui le concerne, fait des vins naturels issus de raisins bios. C'est vrai que c'est un peu l'auberge espagnole, chez les vignerons nature, et pas seulement chez les vignerons nature espagnols qui tiennent une auberge...
Comment peut-on en effet prétendre faire du vin naturel, quand celui-ci est vinifié à partir de raisins traités aux pesticides ? Ou quand les vignes où ces raisins ont été ramassés sont désherbées chimiquement ? Je veux bien qu'on puisse penser que si c'est pour faire du vinaigre, c'est peut-être pas la peine de gâcher des raisins bios, mais quand même. (Eh les vignerons nature, je plaisante. C'est pas la peine de venir me crever les quatre pneus de mon Berlingo).
En tout cas, je pense qu'il y a parfois abus de langage et qu'il serait temps de remettre un peu d'ordre dans tout ça. Pour que là aussi, le consommateur sache réellement ce qu'il boit.
Allez justement, pour ceux qui auraient envie de goûter mes vins, quelques infos rapides sur leur genèse.
- Moulin à vent 2008 : à la vigne, travail du sol + lutte raisonnée (je le ferai plus, promis juré) ; vinification longue avec macération préfermentaire à froid (3semaines), levurage neutre. Elevage 18 mois en fûts de chêne (neufs et "un vin"). Note de dégustation: ça goute très bien. Très Moulin à vent (ça c'est de la note de dégustation)
- Fleurie 2009 : à la vigne bio; vinification grappes entières (méthode beaujolaise); assemblage entre cuvées levurées en neutre et non levurées (j'ai tenté une cuve en levures indigènes mais j'ai eu les chocottes de le faire sur toutes...). Elevage 10 mois fûts (neufs et un vin) + foudres. Note de dégustation : ça goute très bien. Très Fleurie (ça c'est de la note de dégustation)
- Beaujolais-Villages 2009 : à la vigne bio; vinification semi-carbonique; levures indigènes. Élevage 10 mois en foudre. Note de dégustation: ça goute très bien. Très gouleyant, parce que tous les bons Beaujolais doivent l'être. Moi, j'aime super bien en tout cas et je suis pas peu fier de mon vin.
(Si y'en a des qui veulent en savoir plus, je serais heureux de répondre à leurs questions ;-)
Les vins ont été légèrement sulfités. C'est mieux qu'on m'a dit pour garantir leur conservation, au cas où les conditions de garde ne seraient pas optimales. Car c'est aussi une exigence que doit avoir le vigneron. Celle d'offrir à l'amateur un vin agréable à boire, même plusieurs mois après l'achat. Pour que le meilleur moment ne soit pas celui où on ouvre la bouteille, mais celui où on la boit. Je sais, pour Clémenceau, "le meilleur moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier". Mais sans doute était il un adepte des vins nature. (eh les vignerons nature, je plaisante. C'est pas la peine de venir casser les vitres de mon berlingo)
vendredi 2 avril 2010
L'alchimie de la chimie
Dans la série "les outils du vigneron bio du vigneron d'autrefois", aujourd'hui, la pioche à dégraver.
La pioche à dégraver, c'est ça :
La forme étroite et allongée de l'outil permet de creuser sous les bras du cep sans trop d'effort pour en aèrer le pied et extraire les touffes d'herbes indélicates (ici du ray-grass).
Cette tache m'occupe depuis deux jours dans une vigne de Beaujolais-Village. J'y ai laissé volontairement l'herbe se développer depuis l'été dernier. Je voulais qu'elle pompe un maximum d'eau. Ici, les sols sont en effet très humides, un peu trop pour mes vignes qui souffrent par endroit d'hydromorphie. Parfois même, la nappe affleure. (c'est pratique pour le pique-nique le dimanche, mais bon).
Ce matin, quand je suis arrivé, il y avait deux viticulteurs dans une des parcelles voisines, affairés à couper des cornes (bras mort sur les ceps) avec leurs sécateurs de force. Quand je suis sorti de la voiture, armé de ma pioche, je les ai vus rigoler doucement sous cape (il pleuvait). Ils descendaient leur parcelle avec leur sécateur et coupaient les cornes quand je montais la mienne avec ma pioche et dégageais le pied des ceps, jusqu'au moment où nous nous sommes trouvés sur la même ligne. Je leur ai alors adressé un grand bonjour , mais ils ne m'ont pas répondu. Je me suis dit que ce mot devait leur être étranger. Qu'ils ne parlaient peut-être pas le français, mais s'exprimaient dans un idiome régional, une sorte de patois beaujolais ? J'avais mes oreillettes mais mon lecteur mp3 était éteint. J'ai pu un peu plus tard entendre des bribes de leur conversation (je comprends un peu le patois beaujolais)
- C'est un parisien ?
- Non, je crois pas.
Pourquoi faudrait-il toujours que ceux qui se trimballent avec des pioches dans les vignes soient des parisiens? J'ai bossé quelques années à Paris et je n'ai pas le souvenir d'avoir vu les gens dans le métro avec une pioche, une bêche, un râteau à la main. Peut-être avaient ils dans leurs attaché-cases une binette pour gratter la terre des pots de fleurs au bureau ?
Ah, quand je pense que je passais naguère le plus clair de mon temps en réunion avec les équipes de direction de mes clients pour réfléchir à l'optimisation de leur système d'information dans le but d'accroitre la rentabilité de leurs entreprises, et que maintenant, je suis toute la journée dans les vignes à arracher de l'herbe à la pioche, je me dis que la vie parfois nous réserve de belles surprises.
Je vous sens sceptique.
Le printemps dernier, après avoir labouré au tracteur une autre parcelle, j'ai discuté cinq minutes avec un autre de mes voisins de vigne ( qui parle le parisien). Le gars, la cinquantaine bien tassée, me racontait, qu'enfant, il avait passé des journées entières, une pioche à la main, à faire sauter de l'herbe, et que pour rien au monde, il ne reviendrait en arrière. Les herbicides, lorsqu'ils sont arrivés, ont changé les conditions de travail des agriculteurs. On enseignait l'utilisation des produits chimiques dans toutes les écoles, dans tous les centres de formation. La chimie, l'intensification de la mécanisation ont bouleversé l'agriculture. Dans le Beaujolais, devant le succès du Beaujolais Nouveau, la culture de la vigne a été privilégiée, le nombre d'hectares par exploitation a progressé et la vente de la production a été déléguée au négoce. Il est donc aujourd'hui fréquent de voir un viticulteur gérer à lui seul plus de dix hectares de vigne. En bio, c'est tout simplement impossible. Le passage à la bio n'est donc pas quelque chose qui "se décrète" comme ça, d'un simple claquement de doigt, surtout en ces périodes de crise. La chance pour un néo comme moi, c'est finalement que je ne considère pas que je suis dans une démarche de retour en arrière, bien au contraire, et que mon "économie personnelle" reste à construire sur le mode de production que j'ai choisi. Mais ce n'est pas aussi "simple" pour tout le monde. Aussi, je peux comprendre que même si les mentalités évoluent dans le Beaujolais à la vitesse grand V, certains s'accrochent encore à l'emploi du patois local.
La pioche à dégraver, c'est ça :
La forme étroite et allongée de l'outil permet de creuser sous les bras du cep sans trop d'effort pour en aèrer le pied et extraire les touffes d'herbes indélicates (ici du ray-grass).
Cette tache m'occupe depuis deux jours dans une vigne de Beaujolais-Village. J'y ai laissé volontairement l'herbe se développer depuis l'été dernier. Je voulais qu'elle pompe un maximum d'eau. Ici, les sols sont en effet très humides, un peu trop pour mes vignes qui souffrent par endroit d'hydromorphie. Parfois même, la nappe affleure. (c'est pratique pour le pique-nique le dimanche, mais bon).
Ce matin, quand je suis arrivé, il y avait deux viticulteurs dans une des parcelles voisines, affairés à couper des cornes (bras mort sur les ceps) avec leurs sécateurs de force. Quand je suis sorti de la voiture, armé de ma pioche, je les ai vus rigoler doucement sous cape (il pleuvait). Ils descendaient leur parcelle avec leur sécateur et coupaient les cornes quand je montais la mienne avec ma pioche et dégageais le pied des ceps, jusqu'au moment où nous nous sommes trouvés sur la même ligne. Je leur ai alors adressé un grand bonjour , mais ils ne m'ont pas répondu. Je me suis dit que ce mot devait leur être étranger. Qu'ils ne parlaient peut-être pas le français, mais s'exprimaient dans un idiome régional, une sorte de patois beaujolais ? J'avais mes oreillettes mais mon lecteur mp3 était éteint. J'ai pu un peu plus tard entendre des bribes de leur conversation (je comprends un peu le patois beaujolais)
- C'est un parisien ?
- Non, je crois pas.
Pourquoi faudrait-il toujours que ceux qui se trimballent avec des pioches dans les vignes soient des parisiens? J'ai bossé quelques années à Paris et je n'ai pas le souvenir d'avoir vu les gens dans le métro avec une pioche, une bêche, un râteau à la main. Peut-être avaient ils dans leurs attaché-cases une binette pour gratter la terre des pots de fleurs au bureau ?
Ah, quand je pense que je passais naguère le plus clair de mon temps en réunion avec les équipes de direction de mes clients pour réfléchir à l'optimisation de leur système d'information dans le but d'accroitre la rentabilité de leurs entreprises, et que maintenant, je suis toute la journée dans les vignes à arracher de l'herbe à la pioche, je me dis que la vie parfois nous réserve de belles surprises.
Je vous sens sceptique.
Le printemps dernier, après avoir labouré au tracteur une autre parcelle, j'ai discuté cinq minutes avec un autre de mes voisins de vigne ( qui parle le parisien). Le gars, la cinquantaine bien tassée, me racontait, qu'enfant, il avait passé des journées entières, une pioche à la main, à faire sauter de l'herbe, et que pour rien au monde, il ne reviendrait en arrière. Les herbicides, lorsqu'ils sont arrivés, ont changé les conditions de travail des agriculteurs. On enseignait l'utilisation des produits chimiques dans toutes les écoles, dans tous les centres de formation. La chimie, l'intensification de la mécanisation ont bouleversé l'agriculture. Dans le Beaujolais, devant le succès du Beaujolais Nouveau, la culture de la vigne a été privilégiée, le nombre d'hectares par exploitation a progressé et la vente de la production a été déléguée au négoce. Il est donc aujourd'hui fréquent de voir un viticulteur gérer à lui seul plus de dix hectares de vigne. En bio, c'est tout simplement impossible. Le passage à la bio n'est donc pas quelque chose qui "se décrète" comme ça, d'un simple claquement de doigt, surtout en ces périodes de crise. La chance pour un néo comme moi, c'est finalement que je ne considère pas que je suis dans une démarche de retour en arrière, bien au contraire, et que mon "économie personnelle" reste à construire sur le mode de production que j'ai choisi. Mais ce n'est pas aussi "simple" pour tout le monde. Aussi, je peux comprendre que même si les mentalités évoluent dans le Beaujolais à la vitesse grand V, certains s'accrochent encore à l'emploi du patois local.
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