jeudi 19 janvier 2012

Nos amis les bêtes

 L'hiver est enfin là. Cela fait trois jours que les températures sont négatives et la campagne est magnifique sous son manteau de givre.



 Il était temps, on s'inquiétait de voir les rosiers et les acacias en fleur, les lilas en bouton, la vigne pleurer sous nos coups de sécateur, comme déjà prête à se réveiller d'un bien court sommeil, avec l'angoisse de voir les jeunes pousses de ses rameaux précocement débourrés, dévastées par les gels de printemps. Avec l'arrivée du froid, on peut espérer un réveil plus tardif et une exposition moins importante à ce risque.

 Pas facile en tout cas de tailler avec ce givre qui recouvre les ceps.

 

  Je shoote dedans pour faire tomber le maximun de givre, mais cela ne permet pas toutefois de voir correctement les sarments et de réaliser une taille parfaite. Hier, après deux heures de taille, j'ai renoncé et le givre à nouveau bien présent ce matin devrait encore perturber la taille.

 Nos moutons aussi sont recouverts de givre. Leur épaisse fourrure semble les protéger du froid.


Ils semblent par contre apprécier moyennement les sols durs et froids où ils trouvaient leur nourriture  jusqu'alors et viennent se joindre aux poules au moment  du petit dej' pour leur disputer les corn flakes,  sous la surveillance attentive de Charlie !


  Derrière la maison il y a un clos de vignes d' un peu plus d'un hectare où les poules et les moutons peuvent se promener en toute liberté. Nous enfermons les poules dans le poulailler (40 m2 quand même je précise !) au moment de la véraison, elles sont de grosses mangeuses de raisin, et les libérons le lendemain des vendanges, un jour bien spécial pour les vignerons, dont elles partagent ainsi la joie. :-)

 Pas facile de trouver leurs œufs quand il leur prend l'envie de délaisser les pondoirs du poulailler pour le confort d'un matelas de feuilles ou d'herbe sous les fruitiers, sous les petits conifères d'ornement du jardin, dans les mille recoins du clos et du jardin, une vraie chasse au trésor dont les enfants ont vite fini par se lasser. Ainsi, nous sommes passés de 5 poules au printemps à 37 à la fin de l'été ! Ça nous a permis de faire un troc avec un voisin avec qui nous avons échangé quelques poussins contre des poules découpées et prêtes à manger (mortes, je précise pour les citadins). Il va falloir que les néoruraux que nous sommes se décident à tuer eux-mêmes leurs poules ! On a une poule hors d'âge dans le tas qui va bientôt finir par mourir de vieillesse, une chance pour une poule qui vit à la campagne au milieu des paysans :-)  Peut-être devrais-je lancer un tout nouveau concept de maison de retraite pour poules ? Pour poules de luxe. Si les américains n'ont pas déjà déposé le brevet...  Ou les chinois, qui sont devenus les champions du monde des dépôts de brevet. Elle semble bien loin l'époque où R&D signifiait pour les chinois Remember and Duplicate. Et nos politiques qui pensaient que nous étions les champions de l'innovation et que cette capacité d'innovation nous permettrait de conserver durablement notre leadership et notre statut de grande nation... Enfin, on a les politiques qu'on mérite (je m'étais pourtant juré de ne pas parler de sujets qui fâchent aujourd'hui :-)

  Il nous reste une quinzaine de poules à ce jour, difficile d'en garder plus, tout le monde dort dans le même arbre, un petit tamarin qui semble déjà bien souffrir de servir de perchoirs aux trente pattes de  nos quinze volatiles (désolé, pas fait exprès, on a dit pas de sujet qui fâche !). Au pied de l'arbre, ça sent la fiente de poule. Comme diraient certains, pire que dans une bouteille de (tu vas la fermer, on a dit que c'était relâche aujourd'hui !!) .

Elles sont un peu agglutinées les unes sur les autres, mais au moins ça les protège du froid !





  Mais revenons à nos moutons :-)



  Qui ne sont pas les nôtres d'ailleurs mais ceux d'une jeune femme rencontrée  cet été qui a pour projet de monter une ferme pédagogique et de faire de la location de moutons ou de chèvres pour le débroussaillage de terrains laissés en friche (ou de vignes bios :-). Nous lui servons de cobaye, contre quelques caisses de Fleurie.  Si l'expérience est concluante,  les fabricants de tondeuse chinois n'ont plus qu'à se chercher de nouveaux débouchés ! :-)  Et le Fleurie va à nouveau couler à flot ! C'est win-win comme on dit maintenant, c'est un truc qui devrait plaire à nos politiques.

 Les moutons sont arrivés chez nous une fois les feuilles de vigne tombées, ce qui s'est produit plus tôt que pour les vignes traitées en conventionnel. Comme quoi les pesticides, c'est vraiment efficace !   (désolé, c'est plus fort que moi) Mon contrôleur Ecocert qui voit des vignes bios tous les jours,  m'a rassuré là-dessus le jour de sa visite, en me disant que ce qui n'était pas normal c'était de voir des vignes en novembre encore avec des feuilles... (mais on va pas se fâcher)

  Charlie au début était super content de l'arrivée des moutons. Il allait enfin pouvoir montrer de quoi il  était capable comme gardien de troupeau ! Quelques semaines plus tard, il m'arrive plus souvent de voir les moutons courir après le chien que l'inverse. (Je vous assure que c'est vrai, la première fois on se frotte les yeux pour voir si on a pas eu la berlue). Donner des ordres clairs, dans la famille, on a jamais été super doué.

  J'avais lu quelque part que les moutons adorent le lierre. Je confirme. Quelques troncs de fruitiers commençaient à être envahis, quelques coins de murs,  quelques ceps, tout est nettoyé ! Merci les moutons. Parce qu'il n'y a rien de plus chiant que de virer le lierre. Bon, il faudra terminer le nettoyage mais le plus gros est fait.

  Je le dis pour les vignerons qui seraient tentés par l'expérience, attention au cuivre, les moutons y seraient particulièrement sensibles. Le millésime m'a permis de ne pratiquement pas traiter et les deux millésimes précédents ont été aussi plutôt faciles au niveau climat, donc je n'ai pas eu à trop forcer sur le cuivre. Mais après un millésime pluvieux, il faut être prudent. 

  L'année prochaine, des oies devraient venir compléter notre ménagerie. Elles sont herbivores, donc très intéressantes aussi pour le travail de tonte naturelle (désolé ) On commencera par un couple et on verra ensuite si on étend le troupeau. Ce n'est peut-être pas nous qui en déciderons d'ailleurs, bien qu'une oie, de part sa taille, a plus de mal à se planquer pour couver et aussi parce que leur fréquence de ponte n'a rien à voir avec celle des poules.

 Nos voisins furent étonnés cet été par la facilité avec laquelle nos poules se reproduisaient dans la nature (aïe! pas fait exprès), combien les poussins s'en sortaient très bien pour se nourrir sans le kit "spécial démarrage poussins" vendu par le marchand de céréales du coin. Pour la première couvée, on a essayé de les nourrir avec ça pour être honnête, mais les poules se chargeaient de tout engloutir avant que les poussins n'aient eu le temps de bouger le petit doigt. Après, on a décidé de laisser faire la nature (redésolé). Et tout s'est bien passé, un peu trop, les couvées s'enchainant alors qu'elles n'étaient pas désirées... Comme quoi, les couvées nature, ça marche ! :-)



  Nos voisins sont contents de voir les moutons et les poules se balader dans nos vignes. Au début, on était un peu considéré comme le mouton noir du troupeau avec nos idées bio et toute cette herbe dans la vigne. Mais maintenant que les animaux se chargent de la tonte, on a un visage plus humain.(??)

  Certains amis vignerons du coin ont repris des vaches. Il faut dire qu'avec la crise dans laquelle le vignoble est installé depuis de nombreuses années, on arrache beaucoup de vignes et des terres se libèrent où peuvent à nouveau pâturer les animaux qu'on avait envoyés à l'abattoir à l'heure où le Beaujolais coulait à flot et où chaque cm3 de terre devait être utilisé à produire du jus du raisin. Dans les crus, moins affectés par cette crise durable, la vigne domine encore largement et il n'est pas facile de trouver des terrains nus. C'est un frein d'ailleurs au retour des chevaux pour les labours dans notre vignoble. C'est un frein aussi à la diversification de l'activité des viticulteurs. J'ai un ami vigneron habitant à Morgon dont le fils a construit récemment un four et s'est lancé dans le pain bio. Celui-ci a eu bien du mal à trouver des terres pour produire du blé à proximité de chez lui. Certains parmi nous dans le Beaujolais pensent toutefois que l'avenir de notre vignoble passe impérativement par la polyculture. En période de vaches maigres (ah ah), il vaut mieux ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier (qu'est-ce qu'on se marre); les uns en couplant leur activité viticole à une activité d'élevage, les autres en se lançant dans d'autres types de culture, le blé, les arbres fruitiers, le maraichage... Une espèce de retour en arrière en quelque sorte, mais qui ne semble pas dénuer de bon sens... Y compris sur le plan écologique, bien sûr. Nous verrons ce que l'avenir nous réserve mais ce changement implique une remise en cause importante d'une organisation déjà bien fragile et tout ça ne se fera pas d'un claquement de doigts.

 La prochaine fois nous parlerons œnologie, ça va nous détendre :-) Cochon qui s'en dédit !

vendredi 13 janvier 2012

sous mon pavé, le lit

 Ça fait un bout de temps que je n'avais pas mis les pieds sur ce blog. Faute de temps d'abord, mais aussi parce que j'ai fini de me convaincre  que l'étalage sur la toile de mes errances de néovigneron n'est pas la meilleure stratégie de vente.Je pourrais adopter un discours plus positif, écrire à longueur de lignes que mes vins sont merveilleux, vendre du rêve liquide à ces cochons de moutons de consommateurs prêts à gober n'importe quelle merde pourvue qu'elle soit enveloppée dans un joli papier. Mais je ne peux pas. Si je suis atterré de constater combien les grosses ficelles du marketing peuvent encore et toujours fonctionner, je n'ai pas renoncé à avoir  de  l'ambition quant à ma clientèle. Un collègue vigneron me disait l'autre jour, "je ne vends pas aux cons". C'est un luxe que je voudrais partager avec lui. Ceci étant dit, nous sommes tous le con de quelqu'un d'autre, moi le premier, j'en suis bien conscient.

 Mais revenons à nous moutons. Qu'est-ce donc que je fais ici alors, si ce n'est pas pour vous refourguer la meilleure came du monde ou vous dire que j'ai foiré une cuvée lors de mes dernières vinifs? Quand on taille toute la journée dans les vignes comme en ce moment, ça chauffe pas mal sous le bonnet, on rumine des trucs, on pense à des machins qui nous ont déplu, ça finit par enfler, il faut s'en débarrasser. De l'usage du blog comme catharsis. Je suis désolé, je vais partir dans des considérations un poil philosophique, à la hauteur de mes moyens et de mes mots bien sûr. J'ai bien aimé d'ailleurs le dernier post de mon ami Mathias et sa critique du capitalisme, à l'origine selon lui de l'uniformisation des vins qui perturbent les dégustateurs les plus affutés dans la détermination des origines. Les grincheux peuvent toujours penser que ce petit con ferait mieux de bosser dans ses vignes plutôt que de se lancer dans une critique approximative du capitalisme sur son blog, critique dont la portée est de surcroit équivalente à celle d'un pet de mouche. Et bien moi je trouve ça bien qu'un vigneron lève de temps en temps la tête du cep pour prendre un peu de hauteur et nous faire part de ses réflexions sur le merdier dans lequel il a sauté joyeusement à pieds joints le jour où il a décidé de devenir vigneron dans une région où on ne pète pas dans la soie. Il ne faut de toute façon pas compter sur nos docteurs en sciences politiques, sur nos philosophes et autres économistes exégètes de la pensée d'Adam Smith ou de Karl Marx pour se préoccuper de l'influence du capitalisme dans le goût du vin. Ni d'ailleurs pour s'insurger contre n'importe lequel des  problèmes que chacun d'entre nous rencontre aujourd'hui, au quotidien, dans sa misérable  petite vie. La démocratie a triomphé en France et les intellectuels ont fini par déserter le champ politique pour se livrer, entre eux, à des batailles d'experts sur des sujets étrangers au commun des mortels. Des batailles, que dis-je, des discussions de salon. Lorsque je taille, j'ai le casque sur les oreilles et j'écoute France Culture. Il faut entendre les échanges sur l'importance de l'Habitus dans l'exercice de notre libre-arbitre , sur la définition de l'Être chez Plotin, sur le rôle de la pensée arabe dans l'avancée des mathématiques au moyen-âge. Je ne tiens pas un discours maoïste, où je prétendrais qu'il faut bruler les livres et leurs auteurs avec. Je ne dis pas que cela n'est pas intéressant, voire important. Je ne suis pas maso au point de m'infliger l'écoute d'une radio que je trouve sans intérêt. Je déplore juste le fait que ces intellectuels, toujours prompts à affirmer qu'ils sont pour la lutte des classes, nous offrent la démonstration éclatante de leur appartenance à une caste bien à part où ils se serrent les uns contre les autres, bien au chaud, malgré le vent glacial qui souffle partout alentour. La crise que nous traversons amène à une critique largement partagée du monde capitaliste qui atteint des sommets de barbarie dans sa version financiarisée à l'ennemi sans visage. Cette critique, les intellectuels, les philosophes, les sociologues, les penseurs de tout bord, l'expriment finalement sur la pointe des pieds, en suiveurs, trop préoccupés de ne pas bouleverser de leurs cris contestataires le petit confort dont ils jouissent aujourd'hui , se satisfaisant des miettes du gâteau que leur laissent les puissants de ce monde  en échange de leur silence. Ils sont directeurs d'institut culturel, professeurs d'université, maitre-auxiliaires,  loin de la société civile et du petit peuple. Ils ont même réussi la prouesse, au sein de notre système éducatif, de faire que les plus méritants d'entre eux, les docteurs, les agrégés,  aient un emploi du temps particulier où le nombre d'heures destiné à la formation des générations futures est réduit à la portion congrue. Plus tu es compétent, moins tu enseignes, moins tu transmets ton savoir !  Et le reste du temps, que font-ils ? Ils participent à des colloques, ils écrivent des livres qui paraitront aux presses universitaires de France au discours inaudible pour 99,99% de la population et destinés à leurs pairs ou à leurs étudiants dont les plus brillants grossiront bientôt le rang de ces élites endormies . Les intellectuels s'abiment aujourd'hui dans le plaisir terriblement égoïste de la connaissance, loin de l'agitation furieuse du monde. "L’intellectuel," nous dit Sartre "doit disparaître au fur et à mesure que la société sera plus démocratique, que les gens auront plus de temps pour penser ; l’intellectuel n’aura plus rien à faire en tant qu’intellectuel. Ce n’est pas qu’on n’écrira plus de romans, de poèmes ou d’essais, mais ceux qui les écriront le feront comme un travail supplémentaire gratuit ; et autrement ils auront un métier pratique comme les autres."  Nous sommes dans une démocratie où chacun peut désormais s'exprimer librement, mais les intellectuels eux ne sont pas descendus dans les champs ! Voilà de mon point de vue ce qui légitime le discours de chacun d'entre nous, que l'on soit vigneron ou boulanger ou je ne sais quoi. N'ayons pas peur de dire ce que nous avons à dire, personne ne le fera à notre place ! Et peu importe le flacon ! Nous avons Facebook, nous avons les blogs, lâchons nous, ne parlons pas seulement des techniques de taille, du froid qui nous glace les pieds en hiver, des salons où nous serons présents, n'ayons pas peur de balancer nos réflexions approximatives sur le monde dans lequel on vit, dans ce monde que nous subissons, dans ce monde qu'on nous inflige, n'ayons pas peur de balancer nos pets de mouche et merde à Vauban et aux grincheux ! Après tout , un pet de mouche doit bien déplacer autant d'air qu'un battement d'aile de papillon.

Mais je digresse, je digresse. Je voulais en fait parler des vins natures. C'est un thème récurrent sur lequel les moines des différentes chapelles aiment bien se friper le chasuble. Antonin de Vindicateur a commis un très joli billet aujourd'hui à l'adresse des empêcheurs de boire nature en rond. Je vous invite à le lire, c'est joliment tourné et très convaincant. (ICI) Je sens la fatigue me tomber dessus, il est plus de 23 heures, demain je repars pour une nouvelle journée de taille, il faut que j'en vienne au fait; les vins nature donc. La critique qui en est faîte par certains dégustateurs ayant pignon sur rue, les dégustateurs de l'équipe de Bettane & Desseauve pour ne pas les nommer, m'est devenu insupportable. Je peux comprendre que pour des dégustateurs écrivant des guides à destination du grand public l'émergence de type de vins ne trouvant par grâce à leur nez puisse être perturbante, je ne m'étonne donc pas plus que ça de leurs réactions exacerbées. Je pourrais en avoir rien à foutre, je ne suis pas le chevalier blanc des vins nature, quelle légitimité aurais-je d'ailleurs à cela, et il y a déjà suffisamment de bonnes volontés comme Antonin pour s'occuper de mettre de l'eau dans le vin de ces détracteurs en leur rappelant que ce n'est pas parce qu'on se veut prescripteur en matière de vin qu'il faut refuser à chacun la liberté d'aimer des vins qui ne sont pas dans leur guide, qu'on est pas tous obligé de suivre la voix de son maître. Mais je ne peux pas en avoir rien à faire et c'est à cela que je repensais encore dans mes vignes ce matin. Avec cette critique omniprésente des vins nature, sauf lorsqu'il s'agit de faire l'apologie d'un vin nature qui n'en est pas un, ceux qui ont suivi le débat comprendront, ces dégustateurs contribuent encore et toujours à véhiculer une image négative de ce type de vin élaboré par des vignerons qui "se seraient trompés de métier". Et quand tu as décidé comme moi de faire des vins nature, cela finit par devenir très chiant à entendre. Car si l'influence de ces dégustateurs se réduit sur Internet à pas grand chose, et au train où vont les choses, à bientôt presque rien,  il n'en est finalement pas de même sur d'autres supports comme le papier, même si à l'ère du tout numérique, le papier ne servira bientôt plus qu'à se torcher les fesses et envelopper le jambon, il y a encore des gens dans notre pays  pour lire la presse écrite. Mais cela je m'en fous aussi. Ce qui me gêne en réalité, c'est l'influence que peuvent avoir ces prescripteurs au sein de la profession elle-même. C'est là que leur capacité de nuisance vis à vis des vignerons comme moi qui ne veulent pas utiliser d'intrants œnologiques reste la plus forte. Il y a une chose qu'on ne peut enlever à Michel Bettane, c'est qu'il a su s'imposer au fil des années aux yeux du public comme un des plus grands dégustateurs au monde, même si les choses deviennent plus compliquées aujourd'hui.  Toujours est-il que son équipe jouit toujours d'un certain prestige au sein des interprofessions et qu'il n'est donc pas insensé de penser que la vision de Michel Bettane et de ses dégustateurs de ce qui est un bon vin peut avoir une influence sur la définition même de ce qui est un vin propre à la consommation pour la profession, digne de porter l'étendard de son appellation d'origine. La conséquence pour moi ? J'ai des vins à la cave qui me plaisent comme jamais, issus de mes dernières vinifications, des vins nature exempts de tout produit chimique, mais dont je me demande sincèrement s'ils vont franchir la barrière des agréments. On connait les difficultés d'obtention d'agrément des vins nature, ça en deviendrait presque une fierté pour ceux qui se sont vus refuser l'agrément, pire dans certains cas, un argument marketing ostensiblement affiché sur l'étiquette de la bouteille où les bobos se jettent à gosier ouvert. Tout ça m'emmerde prodigieusement. Je ne veux pas vendre mes vins d'appellation  en vin de table.  Je veux vendre aux amateurs de Fleurie ou de Moulin à Vent des Fleurie et des Moulin à Vent, pas la cuvée Fuck le système de Lilian Bauchet. Et aussi parce que mes vignes sont à Fleurie et je ne vois pas pourquoi, au nom de quoi, je n'aurais pas le droit à cette appellation définie dans les années 30 à une époque où l’œnologie n'avait pas encore apporté à notre métier sa supposée somme de progrès mais où on était quand même capable de faire la différence entre un Fleurie et un Morgon, un Fleurie et un Chiroubles. Sans compter que je paie un impôt foncier proportionnel à la valeur supposée de mes terres. Alors d'un côté, on me dit vous devez payer un impôt pour des vignes qui produisent du Moulin à vent et de l'autre on me dit que je fais en réalité du vin de table !   Mais qui sait, peut-être les choses changeront bientôt et on mettra fin à toute cette mascarade. Si tous les vignerons du monde veulent bien se donner la main :-) Et si Michel Bettane prolonge le glissement sémantique qu'il semble vouloir amorcer du mot biocon , même si dans sa meute, on crie toujours aux loups. Bon, sur ce, je vais me coucher, désolé pour le pavé !