lundi 11 mars 2013

Notre bon sens a de l'avenir

  Chaque année,nous avons droit au classement des plus grandes fortunes mondiales, à celui des plus grandes fortunes françaises, au palmarès des rémunérations des patrons du CAC40.

 Sans doute pour nous faire patienter, en attendant les vacances du mois d'aout, où on ira manger une glace deux boules sur le port de Saint Tropez, en admirant les yachts des milliardaires.

 Si on peut constater à la lecture des derniers palmarès que la crise est passée par là, que l'on se rassure pour nos "grands patrons" du CAC40, la baisse de rémunération que connaissent certains d'entre eux ne les a pas conduit tout droit aux Restos du cœur.

 Contre vents et marées, les puissants demeurent puissants.

 Quelque soit le mérite de ces dirigeants, quelque soit leurs compétences et le poids de leur charge, on se demande bien ce qui justifie ces rémunérations astronomiques. La question que je me pose, c'est comment ces grands patrons peuvent-ils accepter de percevoir de telles rémunérations , comment arrivent-ils à se convaincre du bien fondé de cet état de fait, à se le justifier, quand les sans grades des entreprises qu'ils dirigent, doivent survivre avec le salaire minimum , lorsqu'ils ne sont pas victimes de plans sociaux ? Comment a-t-il pu, Carlos Ghosn, se regarder sans honte dans la glace de sa salle de bain, le matin du jour où il inaugura la nouvelle usine de Renault à Tanger,  là où le salaire mensuel moyen des employés marocains est de 250 euros, lui qui a touché 12 millions d'euros en 2012 ? Un être humain normalement constitué accepterait-t-il de percevoir une rémunération  4000 fois supérieure à celle de ses employés, sans être dévoré par un sentiment de culpabilité infinie devant cet écart de salaire abyssal ?

 Il faut croire que l'esprit de justice et le sens moral sont des sentiments bien étrangers aux dirigeants de nos grands groupes. On est scandalisé par le comportement de ces patrons voyous qui déménagent leur usine en une nuit pour réinstaller les machines sur des sites de production low cost, laissant leurs ouvriers sur le carreau. Je n'ai pas plus de considération pour ces grands patrons qui acceptent de percevoir ces rémunérations indécentes à l'heure où la France compte près de 10 millions de personnes vivant avec moins de mille euros par mois.

 J'ai tapé "patron vertueux" sur Google, cherchant des contre-exemples de grands patrons français qui sauveraient l'honneur, mais que dalle, le moteur de recherche est resté désespérément muet !

  Le pire dans cette histoire, puisqu'on parle d'honneur, c'est  qu'ils finissent immanquablement par être décorés, ces grands patrons, de la légion d'honneur !  Ces capitaines d'industrie qui sont autant de spoliateurs au long cours, mais que d'aucuns considèrent comme les héros des temps modernes,et que la République se fait un devoir d' honorer ! 

  Cela en dit long sur les liens étroits qui unissent les cercles des élites politiques et privées. Mais les membres de ces hautes sphères ne sont-ils pas issus des mêmes écoles ? Et les exemples d'hommes et de femmes politiques parachutés à des postes de direction de grandes entreprises françaises ne sont-ils pas légion ? De déshonneur !


  La légion d'honneur, ce ruban malheureux et rouge comme la honte, chantait Léo Ferré.  Qui lui donnerait tord ? Ce ruban malheureux et rouge comme la honte qu'arborent ostensiblement à la boutonnière, entre autres, Carlos Ghosn et Bernard Arnault, le français le plus riche de Belgique.

 Mais aussi Georges Pauget, ancien patron du Crédit Agricole, percevant 800 000 euros de retraite par an, en remerciement de ses bons et loyaux services passés à la tête de la banque de 2005 à 2010, où, sous son impulsion, la banque s'est lancée dans une série d'acquisitions à marche forcée de banques étrangères, en Ukraine, en Egypte, en Grèce, en Italie, en Espagne, un gouffre dans lequel le groupe aura englouti au total 8,3 milliards d'euros et dont la dépréciation d'actifs liée à la crise a entrainé une perte totale de plus de six milliards d'euros en 2012 et la mise en place d'un plan de restructuration qui devrait entrainer la suppression de 1400 postes en France...800 000 euros de retraite annuelle pour ça. N'est-ce pas un peu cher payé ?

 Son successeur, bien sûr décoré de la Légion d'Honneur lui aussi, perçoit deux millions d'euros de rémunération annuelle.Au moins, on sait à quoi servent nos agios !  Ce ruban malheureux et rouge comme la honte, dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage, chantait Ferré.

 Le plus incroyable dans cette histoire, c'est la dernière pub du crédit agricole à mettre en parallèle de cette frénésie d'acquisitions à l'étranger, qui m'a scandalisé et qui m'a amené à écrire ce post. Regardez la, ça vaut le coup d’œil.


 

On y voit un conseiller du crédit agricole répondant aux questions d'usagers de la banque lui demandant ce qui est fait de l'argent déposé par les clients. Et le conseiller de répondre, avé l'accent, pour bien marquer l'ancrage local, que l'argent déposé est réinvesti localement, dans la construction d'écoles, dans l'achat du fourgon de leur plombier, dans la réfection de la buvette du stade de rugby, eh con. Et ces acquisitions étrangères à l'origine des pertes colossales de la banque, elles ont été financées comment ? 

 Le CSA toujours prompt à cacher ce sein que nous ne saurions voir, ne pourrait-il pas voir ses prérogatives élargies afin de nous préserver des mensonges à répétition que nous distillent les grandes entreprises à longueur de messages publicitaires ?  Le camembert Président fait directement au cul des vaches, les voitures écologiques qui vont finir par absorber plus de CO2 qu'elles n'en rejettent, ça suffit ! Arrêtons de nous prendre pour des cons !

  Mon indignation, souvent je la garde pour moi, je ne veux pas passer pour un réac, un frustré de la vie, qui dénonce le système parce qu'il n'a pas la chance d'en faire partie.C'est vrai que lorsqu'on crie à l'injustice, c'est plus souvent pour dénoncer l'injustice qu'on éprouve à son égard, et plus de justice signifie souvent plus de justice pour soi. Mais on ne peut pas éternellement fermer sa gueule. On ne peut pas se contenter de mettre une fois tous les cinq ans un bulletin de vote dans une urne et dire, basta, à vous de jouer les politiques, nous, on retourne à la vigne.

 Quand bien même nos hommes politiques ne seraient pas tous pourris, pas tous de connivence avec les élites du privé, ils sont de toute façon incapables de faire bouger les lignes pour plus de justice sociale, qu'ils soient de droite ou de gauche, ces décennies d'alternance nous l'ont prouvé. Ce sont des marionnettes qui s'agitent devant la foule de spectateurs désabusés que nous sommes, et leurs décisions autant des fétus de paille balayés par le vent de la mondialisation. Car tant que la politique ne sera pas mondialisée comme l'est devenue l'économie, les actes politiques isolés seront voués à l'échec.  On peut mesurer les efforts d'harmonisation déployés au niveau européen, mais il y a, et il y aura toujours des pays réticents, trainant les pieds à mettre en place telle ou telle mesure, les économies de ces dits pays s'étant constituées à partir de ces avantages donnés aux acteurs industriels ou financiers que ces nouvelles mesures veulent supprimer. A une époque où on construit une usine en deux mois, où la virtualisation des échanges financiers permet la circulation des capitaux à l'échelle mondiale en temps réel, après ces siècles de colonialisme où des continents entiers ont vécu sous le joug d'une poignée de pays et dont ils viennent à peine de s'émanciper, on ne voit pas comment une politique mondiale pourrait se mettre en place, les difficultés d'application des accords de Kyoto en sont l'illustration parfaite

 C'est donc aux citoyens, à nous, qu'il revient de faire bouger les lignes. Pour cela, pas besoin de sortir les fusils et dresser des barricades dans les rues, nous avons une arme bien plus efficace, notre consommation. En consommant en conscience, nous  pouvons changer les rapports de pouvoir. La délégation aux politiques de la gestion de  notre avenir  et de celui de nos enfants est une faillite et pratiquer le vote sanction n'a d'autre effet que de faire basculer dans le confort de l'opposition une majorité impuissante, pour en mettre en place une autre qui ne le sera pas moins face à des enjeux qui les dépassent. Et s'indigner, signer des pétitions, c'est bien, mais il nous faut surtout agir.

 Agir, en fermant notre compte au Crédit Agricole et en ouvrir un à la NEF, en arrêtant de bouffer ces camemberts de merde qu'on nous vend en supermarché et qui font la fortune de la famille Mulliez et des dirigeants de Lactalis mais certainement pas celle des éleveurs laitiers, en cessant d'acheter ces poissons d'élevage qui vont de nouveau être nourris aux farines animales, ces yaourts qui ont fait le tour du monde avant de finir dans les linéaires des hypers, ces produits fabriqués en Chine par des malades du sida dans des camps de travail, les laogai, ou provenant de contrées tellement polluées qu'on les nomme  les villages du cancer.

  Le bon sens a de l'avenir, nous dit le slogan publicitaire du Crédit Agricole. A condition que chacun de nous n'attende de personne d'autre qu'il l'exerce à sa place. C'est anxiogène, car cela nous met face à nos responsabilités; mais c'est aussi salutaire.

 Pour terminer, je vous encourage vivement à écouter le reportage suivant diffusé cet après-midi à la radio. Vous ne perdrez pas votre temps et vous verrez un peu mieux à qui revient l'argent que vous dépensez  lorsque vous faites vos courses chez Casino ou lorsque vous allez manger à Hippopotamus.Vous allez voir, c'est très instructif...

3 commentaires:

  1. C'est le CA qui sans vergogne a utilisé Imagine de Lennon pour vanter ses mérites. Ils ne comprennent pas l'anglais ou se paient notre tête dans les grandes largeur ? Je pencherais bien pour la seconde proposition.

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  2. Insupportable cette pub.
    La solution, c'est d'ouvrir un compte au crédit coopératif, ce sont pas des tafioles.

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