vendredi 18 janvier 2013

Levons nos vers, citoyens !

 Vous êtes dans quel camp , vous ? Celui de Dépardieu ou celui de Torreton ? Et le mariage pour tous, vous en pensez quoi ? Non, parce qu'on ne va pas parler de Michel Bettane et de sa dernière sortie sur les vins naturels jusqu'à la fin du Net non plus. Il y a  plein d'autres sujets où s'invectiver.  Mourir pour des idées d'accord, mais de mort lente, chantait Brassens. Assis peinard chacun derrière son écran, rien de plus simple aujourd'hui, alors qu'on en profite !

 L'exil fiscal de Depardieu, je sais pas trop quoi en penser. C'est d'ailleurs pour ça que j'en parle, tout ce dont je suis absolument certain, je  le garde pour moi, je ne vois pas l’intérêt, en en parlant ici, de risquer par vous d'en être contredit. Surtout que je suis, moi aussi, à ma façon, un exilé fiscal ; car je payais pas mal d'impôts quand j'étais informaticien, mais devenu vigneron, je ne paie presque plus rien ! Et cela, sans quitter notre beau pays et son avantageux système de protection sociale. Devoir se geler les miches en Sibérie, sans même pouvoir  toucher le RMI, pour éviter l'impôt que j'eus payé ici ? Non merci ! Y chercher un protecteur puissant, donner l'accolade à Poutine, et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc, et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce, grimper par ruse au lieu de s'élever par force, Non, merci !  Mais... piocher, tailler, labourer, être seul, être libre, avoir la lame qui tranche bien, le tracteur qui vibre, mettre, quand il vous plaît, ses roues dans le devers, pour un oui, pour un non, se battre, ou boire un verre ! Travailler sans souci de gloire ou de fortune (ça c'est sûr :-((,  à tel voyage, auquel on pense, dans la brume ! N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît, et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit, sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, si c'est dans tes vignes à toi que tu les cueilles ! Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard, ne pas être obligé d'en rien rendre à Bettane, vis-à-vis de soi-même en garder le mérite, bref, dédaignant d'être le lierre parasite, lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul, ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

 Bon, en tout cas, les reproches qui ont été faits à Torreton suite à sa tribune dans le Monde m'ont particulièrement choqué.Car ce n'est pas au citoyen Torreton qu'on s'adressa en retour, mais au comédien, dont  la modeste carrière lui interdisait de porter un jugement sur un monstre sacré comme Depardieu. Quel amalgame !   Pour être vigneron, n'en suis-je pas moins un citoyen ? N'ai-je pas le droit de m'exprimer ici en tant que tel, dès lors que dehors il neige et que je ne trouve pas la pelle ?

 C'est vrai qu'il l'a peut-être fait avec trop d'emphase et que cela a brouillé l'écoute de certains, et brouter les couilles des autres. Mais n’attend-on pas d'un comédien, qu'il produise en toute circonstance, des effets de ses manches ?  Même s'il est vrai que le paon, lorsqu'il ne fait pas la roue, n'en reste pas moins le plus majestueux des oiseaux. Comme votre femme une fois nue, la plus charmante des créatures. Sauf si elle est moche, bien sûr. D'où l'intérêt des dégustations à l'aveugle. Ne permettent-elles pas aux vins de productions sordides, de figurer bien haut, au sein de quelque guide ? Mais l'amateur de vin, lorsqu'il lève son verre, n'a t-il droit de le faire, en tant que citoyen ?


vendredi 11 janvier 2013

Ta vérité est dans ton verre

  Dans son "histoire du goût", l'historien Jean-Louis Flandrin nous dit que, "selon les époques, les hommes n’ont pas aimé ou rejeté les mêmes aliments."

 Prenons l'exemple des épices;  "Le goût médiéval" nous dit Jean-Louis Flandrin, " se caractérisait d’abord par la passion des épices : elles étaient bien plus nombreuses qu’aujourd’hui dans les livres de cuisine, présentes dans une bien plus grande proportion des recettes, et employées à doses bien plus fortes. A partir du XVIIe siècle les Français ne partagent plus cette passion, qui a subsisté plus longtemps dans les autres pays d’Europe mais s’est finalement épuisée dans la plupart. " .

 A propos du beurre, "les élites sociales cuisinaient presque sans, en France et en Angleterre aussi bien qu’en Italie et en Espagne. Les jours gras, on lui préférait le lard ou le saindoux, et les jours maigres on lui préférait l’huile, car le beurre passait pour une graisse paysanne. Mais, au XVIe siècle, la Réforme protestante semble avoir changé la donne. Dans tous les pays du Nord de l’Europe où elle avait triomphé, elle a autorisé le beurre; et pour éviter que la Réforme ne gagne tous les pays qui ne produisaient pas d’huile d’olive et ne l’aimaient pas, la Papauté s’est empressée d’y autoriser la consommation de beurre en Carème, favorisant une cuisine plus grasse qu’au Moyen Age."

 Parlons du vin ; " Laissant au peuples les vins rouges et «noirs », réputés nourrissants mais très difficiles à digérer, les gens distingués ont, jusqu'au XVIIe siècle, aimé des vins vifs, blancs ou clairets. Puis leur goût a changé sous l'influence des Hollandais et des Anglais. Les grands rouges du Médoc, d'autre part ont été fabriqués pour l'étroite et riche clientèle londonienne qui buvait jusque-là des vins de Porto. Ce sont aussi les anglais qui, en Bourgogne, dans la seconde moitié du XVIIIe, ont fait passer les rouges de la côte de Nuits devant les blancs et les clairets de la côte de Beaune ; et qui a remis à l'honneur les grands côtes du Rhône : Hermitages, Côtes -Roties, Châteauneuf-du-Pape, etc."

 Et Jean-Louis Flandrin de conclure qu'il n'y a pas de permanence du goût, que "le goût est  tributaire de la culture, des milieux sociaux, des lieux, des époques."


 Patrick Mac Leod est lui neurobiologiste. Passionné par la question des saveurs, il a cofondé avec Jacques Puisais en 1999 "l'Institut du goût". Dans un entretien accordé au journaliste Laurent Gotti du magazine "Bourgogne aujourd'hui", il revient sur sa carrière et les recherches qu'il a menées pour essayer de comprendre ce qui caractérise la notion de goût.

 "Il y a 347 gènes dédiés à l'olfaction", nous dit Patrick Mac Leod, " et 50% sont différents d'un individu à un autre. Dans ces conditions, il est rigoureusement impossible de sentir pareil et de s'entendre sur un vocabulaire approprié".

 Pour illustrer cette diversité, il présente une expérience menée auprès d'un panel d'étudiants formés aux métiers de la parfumerie et de la cosmétique, des gens qui ont, je le cite, "une pratique quotidienne en tant qu'observateurs d'odeurs". Placé chacun dans un box avec 100 produits odorants, on leur demanda de grouper ces produits par analogie, "plus des odeurs se ressemblent, plus vous les mettez ensemble". A l'arrivée, tous les groupes étaient significativement différents et il n'y eut que 17% de consensus.

 Et d'ajouter;  "le cerveau acquiert en permanence... cela veut dire que lors de deux expériences de dégustations faites avec le même produit, il n'est pas possible que la perception soit la même. La part du perçu précédemment s'ajoute à la part du perçu de l'instant." A aucun moment, le goût ne se fixe.

 "Nous avons cette dure vérité à digérer" poursuit Patrick Mac Leod,  "en matière de goût les repères qui pourraient nous amener à trouver un consensus se réduisent à bien peu de choses".



 L'expression "la vérité est dans le verre", qui signifie qu'un grand vin serait un vin doté de qualités immanentes que nous serions TOUS en capacité d'appréhender et de "comprendre", que le grand vin "parlerait de lui-même" , hors de tout discours et de toute contingence historique, a donc du plomb dans l'aile. Il ne peut y avoir consensus à définir ce qui est un grand vin nous dit Mac Leod. Et quand bien même certains s'obstineraient dans cette tâche absurde de hiérarchisation , ces grands vins par excellence, qu'ils auront tenté de porter au pinacle,  seront supplantés demain par d'autres vins, d'autres régions, d'autres couleurs, issus d'autres méthodes vitivinicoles.
 
 La conclusion ? Je l'emprunte à Laurent Gotti. "L'absence de consensus est la porte ouverte à tous les échanges, tous les débats. Et comme le vin stimule nos centres de plaisir : il reste le sujet d'inépuisables échanges, plaisants et conviviaux. Avec au passage une claque pour les gourous, ceux qui voudraient que leur goût soit aussi le notre.

 Voilà qui nous éloigne aussi de l'époque où l'on nous dressera la formule chimique du vin idéal. Qui s'en plaindra ? La part de magie et de poésie de la rencontre entre un homme et un vin demeure."

jeudi 10 janvier 2013

Les chiens aboient, la caravane des vins naturels passe.

 Décidément, Michel Bettane n'aime pas les vins naturels. Il vient d'en apporter une nouvelle preuve, en affirmant avec virulence dans un magazine du vin italien, reprenant son éternel crédo sur les vins naturels, que "les rouges puent et les blancs sont invariablement oxydés".

Ce magazine serait, parait-il, une sorte de RVF transalpin, ce qui rassure quant à la  parfaite innocuité de cette nouvelle diatribe ! Car qui lit encore ce genre de magazines, je veux dire, qui accorde encore un réel crédit aux conseils de cette presse policée de salle d'attente, dont le contenu éditorial vise avant tout à vendre du temps de cerveau disponible pour ses annonceurs ? Je peux affirmer sans me tromper qu'aucun professionnel du vin, qu'aucun amateur véritable n' ignore aujourd'hui que les publireportages qui ne se nomment pas sont pratique courante, et que ce sont les annonceurs, par leur poids économique, qui influencent, pour ne pas dire décident, du contenu éditorial même de ces magazines. L'indépendance de la presse n'est ici qu'une chimère.

 Il suffit de revenir ce qui s'est passé récemment avec les Beaujolais Nouveaux. Il ne s'agissait pas pour la RVF d'élire les meilleurs Beaujolais Nouveaux, il s'agissait d'élire les meilleurs Beaujolais Nouveaux vendus par la grande distribution ! Et lorsque quelques esprits retors interpellèrent sur Facebook l'équipe de rédaction sur les raisons de ce choix restrictif, il leur fut répondu que la GD représentait aujourd'hui le principal canal de vente du vin en France, que la RVF ne pouvait l'ignorer et qu'elle avait pour vocation de s'adresser au plus grand nombre, comme si leur choix était guidé par une sorte d'aspiration démocratique ! Ceci est pathétique. Quel prétexte ô combien fallacieux et indigne d'une presse qui se veut défenseure du vin et de sa culture. L'avenir du vin , du vrai vin, respectueux de ses consommateurs et des acteurs de la filière, ce n'est pas avec la GD que l'on va le construire, tous ceux qui aiment le vin le savent, qu'ils soient pro ou anti vins naturels d'ailleurs.

 Alors les "rouges qui puent et les blancs oxydés" de Michel Bettane dans cet équivalent transalpin de la RVF, franchement, je m'en taponne le coquillard. Sans liberté de blâmer les vins naturels, il n'y a point d'éloges flatteurs des vins conventionnels, voilà à quoi se résume aujourd'hui la liberté d'expression du journaliste du vin Michel Bettane, l'essentiel étant de le savoir ! Sauf lorsqu'il s'agit de parler des vins naturels de Gérard Bertrand, dont le budget communication est à la hauteur de la qualité de ses vins !